Benjamin Rinaldi

J’avais envie de commencer par “Notre jour viendra”. Simplement, sobrement. Combien sont-ils – photographes amateurs, écrivains, blogueurs, cinéastes – à se répéter cette expression sans cesse ? Mélange d’espoir et d’ambitions, de réel et d’impalpable, le “notre jour viendra” est le reflet du travail du photographe Benjamin Rinaldi, mon frère. Un esprit brillant, passionnément engagé, capable de photographier la plus grande détresse humaine et la rendre belle. Un travail profond et intense qui fait qu’il est prêt à tout. A tout, pas vraiment. Pour rien au monde il ne quitterait sa région. Et ça de nos jours, ça te marque un homme. Rencontre et échange avec un photographe de détails, de vies et d’idées. Rencontre avec mon frère. Car oui, “notre jour viendra” et c’est bien plus qu’une histoire de famille.

Peux-tu te décrire pour ceux qui ne te connaissent pas encore ?
Je reprendrai les lignes de ta présentation: “nom italien”, 256 passions…et croisement d’un type célèbre cosmopolite et d’un raté miteux solitaire. Mais sinon sur ma nouvelle carte d’identité il est écrit Benjamin Rinaldi. Je suis régisseur de spectacles, dans un centre culturel. Et puis… il y a la photo.

Quelles sont tes influences ?
Je suis friand de rencontres, photos, musiques, graphisme. Ces échanges m’apportent des idées, et m’aident à rester créatif. En photo, je reste un admirateur du mouvement humaniste, style typiquement français des années 30 à 60, indissociable de la vie d’après-guerre. Grand fan également de David Lachapelle et Diane Airbus pour leurs mises en scène, montrant entre autres les dérives de la société. Les reporters ont également place forte : Don McCullin, Steve McCurry, Sarah Moon, Ray Man, Mapplethorpe et un tas d’autres photographes moins connus.

Plutôt argentique ou numérique ?
J’ai une approche argentique : j’observe, m’imprègne de l’ambiance, mon cadrage est calculé au millimètre. Et puis j’aime l’odeur de la chimie dans les bacs, la magie du révélateur et le travail à l’ancienne. Quand tu sors du labo, tu as tes photos dans les mains. D’un autre coté aujourd’hui le numérique est une évidence : un magazine qui me commande un reportage est sûr de l’avoir dans la journée, et puis mes nouvelles séries demandent beaucoup de retouches constructives. Je travaille également pour des séries personnelles au Polaroid. Les couleurs, le contraste, la nostalgie. Chaque fois que je me déplace, j’emporte un boîtier argentique, un numérique, un Polaroid, parfois un Lomo.

Beaucoup de tes admirateurs restent dubitatifs devant les photos de sans domiciles fixes. Raconte-nous cette démarche folle et intense.
La série “SDF” a été un énorme électrochoc pour moi. Au début, je jouais à photographier dans Avignon, sans but. Puis j’ai rencontré un Irlandais, “paumé”, en plein milieu de la rue de la République et là, le déclic. Je ne voulais pas de photo “volée” du coup je me suis approché et je lui ai parlé, il avait un petit chien sur l’épaule; comme un pirate et son perroquet. Il m’a présenté aux autres, des gars très ouverts et ultras cultivés pour certains. J’ai passé deux ans, une fois par semaine, à aller les voir le matin avant de me rendre au travail. J’ai fait seulement huit photos. En fait j’ai beaucoup dialogué et échangé avec eux, j’ai pris des clichés seulement quand l’émotion, la complicité et l’échange étaient là. Cette série a fait son temps au travers de pas mal d’expositions, et quelques galeristes commencent à m’acheter des tirages.

Quels sont les autres thèmes sur lesquels tu travailles aujourd’hui ?
Je travaille pour le groupe de musique pop rock Flipsong (ww.flipsong.net), je fais les photos pour leur communication et pour les pochettes d’albums. Je finis mon travail pour le festival Crion’s ensemble, et avec l’aide d’Irosaki, le graphiste de notre collectif “Carambolages”, nous aménageons un espace, une sorte de “Factory” régionale, afin de continuer à proposer des échanges entres personnes travaillant dans l’image.
Je viens de finir la campagne pub de Pentax France pour deux nouveaux appareils photo. Ma dernière série s’appelle “Apesanteur”. Je prends des gens en photos chez eux, la seule mise en scène étant leur pièce principale au quotidien, avec soit eux, soit un objet en apesanteur. Pas de mise en scène avec la personne, l’ensemble doit être harmonieux.

Contact // infos : www.benjaminrinaldi.com

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