Jérôme Taub - London Spirit 2010
London Spirit 2010

Jérôme Taub est un photographe d’Avignon qui, en plus de son travail pour plusieurs clients internationaux, trouve le temps pour ses projets personnels. Objectif en main, il erre dans les villes du monde à la recherche de ce moment spontané que personne ne peut prévoir. Toujours prises sur le vif et à une distance réelle, ses photographies capturent le monde véritable et la théâtralité naturelle de la vie. Sans jamais mettre en scène ses sujets, il parvient à saisir l’atmosphère poétique de gens ordinaires, d’endroits populaires.
Nous recommandons de visionner ‘‘Des bétises sur des modules’’, un magnifique court métrage qu’il a réalisé il y a deux ans au skate parc de l’Ile de la Barthelasse. Entretien avec un observateur d’excellence.

Peux-tu nous résumer ton parcours ?
J’ai l’impression d’avoir toujours aimé la photo. D’abord, je suis autodidacte, je n’ai jamais pris un cours de photo. Je crois que je suis d’abord tombé amoureux de l’appareil, l’objet en lui même vers 10-12 ans. Mon oncle m’avait confié son appareil je m’en souviens comme si c’était hier : le choc ! Du coup j’ai toujours fait de la photo, mais ce n’est qu’après mes études que j’ai décidé d’en faire ma profession. Je suis allé à Paris où
j’ai travaillé pendant plusieurs années sur les tournages comme assistant réalisateur et caméraman avant d’en faire finalement mon métier. Quoi que je fasse, ça me poursuit.

Quel que soit le pays dans lequel tu te trouves, tu sembles t’intéresser aux mêmes sujets : la société, le monde, les gens. La vie ordinaire t’intéresse ?
Oui, c’est la base de mon travail artistique en fait. La vie ordinaire, le quotidien, les vrais gens, la vraie vie quoi ! J’ai beaucoup travaillé en presse où l’on passe notre temps à parler des catastrophes, des guerres, des célébrités… toujours les extrêmes ! La guerre ou le glamour ! Alors que ce sont les gens dont on ne parle jamais, ceux que l’on croise tous les jours dans la rue, qui sont les vrais acteurs de la vie. En plus, c’est à mon avis, dans cet espace que l’on a une vraie représentation de notre société, de notre époque.

Tu fais parfois découvrir les coulisses d’une normalité effrayante, notamment avec les photographies d’une intervention chirurgicale. Qu’est-ce qui t’a amené à faire ces clichés ?
C’est toujours dans la même démarche. J’essaie de décrypter notre époque et notre société. Le travail sur le corps, l’apparence est très représentative de notre époque et la chirurgie esthétique est devenue une chose banale. Or, il ne faut pas oublier que c’est un acte violent et que lorsque ce n’est pas indispensable, il faut bien y réfléchir à deux fois. C’est bien représentatif de notre société où le fait de ne pas correspondre aux critères, à l’apparence idéale de l’époque, amène tout de suite au mal-être et la chirurgie est le moyen le plus facile pour y répondre. Pourtant, j’ai travaillé avec une équipe formidable qui est passionnée et qui protège le patient des dérives avant tout.

À travers ton art, qu’est-ce qui t’intéresse aujourd’hui ?
Aujourd’hui, je continue à travailler sur les gens dont on ne parle pas ou peu ou mal même. Je me dirige de plus en plus vers le documentaire, je cible plus mes sujets. Je commence aussi à réaliser des petits films, avec une approche plus artistique et photographique que narrative. Je suis d’ailleurs en train de faire le montage d’un documentaire sur la salle de boxe du quartier Monclar, où j’ai tourné six mois l’hiver dernier.

As-tu des projets professionnels captivants prévus pour les mois à venir ?
J’ai toujours plein d’envies et quelques sujets que j’espère pouvoir faire aboutir. J’aimerais réaliser prochainement deux sujets très différents : l’un est en Inde et se passerait autour des enseignements du Dalaï-Lama, l’autre sera en Italie dans un petit village où se déroulent les échanges d’or les plus importants du monde, pendant la semaine du marché de l’or. Les deux sujets sont aux antipodes, mais c’est aussi ça qui m’intéresse. Sinon, pour l’instant je fais beaucoup de travaux plus “commerciaux” aussi bien en film qu’en photo en faisant pas mal de pub et d’événementiels avec des marques de prestige.

Tu collabores à de nombreux événements, notamment avec le Festival d’Avignon. Peux-tu nous en dire plus à ce sujet ?
Cela fait dix ans maintenant que je couvre le Festival IN. Par l’intermédiaire de plusieurs agences, je travaille pour tout type d’événements pour la presse. C’est ainsi que j’ai couvert un grand nombre de festivals, pièces de théâtre, vernissages, expositions, collaborations avec de grandes galeries ( Marianne Goodman, David Zvirner…) : j’ai toujours eu une grosse spécialité dans l’art et la culture. J’ai aussi été pendant huit ans le photographe de la FIAC à Paris où là, j’étais au cœur de la création contemporaine… La FIAC sort d’ailleurs prochainement un livre avec un certain nombre de mes photos réalisées à cette époque.

Le printemps dernier tu as photographié “Immersion”, l’œuvre controversée et vandalisée de l’artiste Andrès Serrano. Quel est ton avis sur cette histoire ?
Mon avis c’est qu’il ne faut , selon moi, jamais interdire l’expression artistique. C’est le premier pas vers le totalitarisme. De plus, la violence n’a jamais rien résolu. Et enfin, je comprends que cela puisse choquer certaines personnes, mais une œuvre n’est jamais simple ni gratuite et il faut toujours la replacer dans son contexte. J’ai eu la chance de rencontrer Andrès Serrano à la Collection Lambert. C’est un grand Artiste et son œuvre réalisée dans les années 80, au moment de la découverte du SIDA, est l’expression d’une réaction forte et intime à un événement qui a choqué la planète entière.

Contact // Info : www.misfitsweb.com