Le Palais des Papes 1309-2009

En cette année anniversaire de l’installation des papes à Avignon ne manquons pas l’occasion d’évoquer cet épisode de l’histoire qui a marqué la destinée et la vocation internationale de la ville.

En 1305 l’Eglise se donne un pape français. Un homme prudent, l’archevêque bordelais Bertrand de Got désire rester en dehors des troubles qui agitent Rome. Clément V (1305-1314) décide de s’installer (en tout cas temporairement) à Avignon. C’est une ville qui présente de nombreux avantages : elle est en paix, n’est pas dans le royaume de France (le souverain était alors le premier personnage de la chrétienté) et bien éloignée de l’empereur quoiqu’appartenant au St Empire Germanique, elle est dans le comté de Provence de Charles d’Anjoux, (vassal du pape) et aux portes de comtat Venaissin que possède le St Siège depuis 1274. De par sa situation géographique, ville carrefour, elle est même plus au centre de l’Europe que Rome, point de passage obligé sur le Rhône elle n’est pas loin de Vienne où se tiendra le concile. Toutes ces bonnes raisons incitent Clément V à y faire son entrée officielle ce 9 mars 1309. La tiare du pape s’enrichit d’une troisième couronne. Avignon se transforme, s’aménage, se construit peu à peu pour loger cardinaux et personnel de la curie.

Gravure Avignon et le Palais des PapesC’est sous Jean XXII 1316-1334 avec Jacques Duèse, ancien évêque d’Avignon, que s’ancre vraiment la papauté dans l’ « altera roma ». Les artistes accourent de toute l’Europe, architectes, peintres et musiciens. La cour pontificale se compose d’ambassadeurs, de juristes et de financiers, d’hommes de
loi et de lettres, d’intellectuels français et d’humanistes italiens et tout ce monde foisonne dans la ville qui voit passer tous les grands.

Avec Jacques Fournier, cet ancien moine cistercien de Haute-Garonne qui est devenu pape sous le nom de Benoît XII 1334-1342, la décision est prise de reconstruire le palais épiscopal. Le pape devra dorénavant posséder son propre palais qui abritera la curie : « la plus belle et la plus forte maison du monde » dit Jean Froissart, c’est le centre de la vie de cour, point de mire de tout l’Occident. La capitale de la chrétienté recueille hommes d’Église, mais aussi canonistes, hommes de loi, enseignants et théologiens, la bibliothèque s’alimente et s’enrichit de nombreux volumes.

Le faste de la papauté atteint son apogée sous Clément VI (1342-1352), Pierre Roger le limousin achètera la ville en 1348 pour la somme modique de 80000 florins à la reine Jeanne de Naples : le pape est maintenant chez lui. Il acheva le château de Benoît XII et y ajouta des pièces d’apparat pour les grandes réceptions. Il dilapide le trésor, mais sa cour luxueuse est devenue le grand rendez-vous de tout l’Occident. Son goût du faste et son népotisme lui attirent la haine de Pétrarque. Les cardinaux aussi mènent grand train pour le grand profit des orfèvres, artistes ou autres artisans de la cité. Malgré la peste qui sévit en Avignon, le pape reste fidèle à sa ville où il y protège et accueille les juifs fuyant les persécutions.

Palais des PapesAvec Innocent VI (1352-1362) alias Etienne Aubert la ville s’entoure de remparts plus conséquents. Il est en effet préoccupé par la guerre qui ravage la France et menace directement la papauté. C’est à ce pape bâtisseur que l’on doit des églises paroissiales comme St Pierre et St Didier, mais aussi la Chartreuse du Val de Bénédiction à Villeneuve où il est enterré.

Le nouveau pontife, Urbain V (1362-1370) est languedocien, Guillaume Grimoard est le premier pape d’Avignon à envisager un retour vers Rome. Ce moine qui mène une vie simple et frugale rythmée par les prières et l’étude s’attachera plus à promouvoir l’université et n’aura pas le temps de s’attacher aux lieux cependant il méritera d’être déclaré bienheureux en 1870.

Son successeur Grégoire XI (1370-1378), Roger de Beaufort, est le plus jeune des papes d’Avignon et il organisera le retour vers Rome. Il se montre très sensible aux prières de Catherine de Sienne qui l’exhorte à y revenir. Pendant son séjour à Avignon il fait des dons au couvent de Ste Catherine, offre l’horloge de Jacquemart à l’hôtel de ville et fait restaurer le pont St Bénezet ainsi que les palais pontificaux de Sorgues et de Villeneuve.

Avec Clément VII et Benoît XIII, l’histoire de la papauté rentre dans le schisme dont les Avignonnais ne peuvent se sentir responsables.

Avenio était née bien avant l’arrivée de ces papes bien sûr, mais c’est par eux que la ville a vu son destin se transformer et a pu acquérir la notoriété de capitale.

De 1316 à 1378, six papes se succédèrent, tous français, mais très différents de formation et de tempérament. Pendant ce siècle, la cité cosmopolite devient le centre de l’Europe très catholique de 1309 à 1423, mais aussi prospère à travers un rayonnement intellectuel et artistique fantastique. Une époque qui a laissé ses traces dans l’architecture (les livrées, palais et remparts) mais aussi dans la mentalité et la manière de vivre et de penser de ses habitants qui, il faut le noter, sont devenus bien tardivement français et étaient déjà européens, mais cela c’est la suite de son histoire !…

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