Sculpture de Raphael Mognetti
Sacred monsters - 2011 - Acier galvanisé à chaud et peint - 450 x 145 x 120 cm

Raphaël Mognetti sculpte le fer depuis 25 ans. À Avignon, dont il est natif, son premier atelier a été dans l’ancienne imprimerie Aubanel, maintenant il est installé au Pontet. Un sédentaire qui a séjourné à l’étranger. De 1996 à 2000, en Allemagne. À Braunschweig où en partenariat avec l’Université et les Beaux-Arts, il crée et expose des sculptures monumentales, ensuite à Hambourg où il travaille en partenariat avec le Centre des métiers du métal. De 2004 à 2006, en Croatie. En Lituanie, à Kaunas, principalement, où il exposa à plusieurs reprises. Raphaël Mognetti est un solitaire d’une fraternité exigeante qui a le goût des rencontres et de la collaboration avec des artistes, plasticiens ou non. Quand on pousse la porte de son atelier, on pénètre dans un univers où cohabitent des établis, des plaques et des barres de fer, des machines et des outils, des sculptures depuis les premières jusqu’aux plus récentes, des maquettes de celles qu’il a vendues, des esquisses. Des œuvres monumentales de plusieurs mètres de haut ou de dizaines de centimètres en fer découpé et peint en noir ou dans le brut de la matière. De toutes émane une vie, animées qu’elles sont d’un mouvement extérieur ou intérieur. Elles se dressent en un équilibre qui défie le déséquilibre, transfigurent le figuratif et recèlent des énigmes. Chacune possède sa propre histoire, répond à la sollicitation d’un fait du présent ou du passé, à une provocation, à une commande émise par un particulier ou une collectivité pour un rond-point ou la façade d’une mairie, ou encore à une urgence née d’un poème.

Des repères parmi de nombreux autres possibles :

En 1993, l’exposition d’un colosse de Botero pendant le Festival d’Avignon fut pour lui une provocation salutaire. Il répliqua par une sculpture de fer découpé de trois mètres de hauteur qu’il installa à côté, sans autorisation. Son geste ne passa pas inaperçu. Il prit conscience de l’importance de créer pour un lieu, pour un fait, pour un personnage précis, pour garder la mémoire.

En 2011 en Lituanie, il présenta au musée national des Beaux-Arts M.K. Ciurlionis de Kaunas et au centre culturel français de Vilnius, une double exposition intitulée « La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil », un vers des Feuillets d’Hypnos de René Char. Il y rendait hommage à Sugihara Chiune qui fut consul du Japon à Kaunas de 1939 à 1940 et dont le courage sauva six mille Juifs, et célébrait l’intégrité et la liberté. Alors qu’il travaillait aux œuvres, les manifestations du « printemps arabe » éclatèrent, et la sculpture d’une main prête à lancer une chaussure fut rajoutée.

Cette même année, l’acheteur d’une œuvre monumentale de l’exposition qu’il présenta à la ferme des Arts de Vaison-la-Romaine, lui passa commande d’un portail pour un hôtel de luxe à Marseille. Portail il y eut, une sculpture, une pièce unique.

En octobre 2014, il présenta une œuvre « Archives pétrifiées » créée spécialement pour la cour des Archives municipales dans le cadre de la XXème édition du Parcours de l’Art à Avignon. Des lignes forces structurent un chaos dont surgissent des lettres de tailles différentes pour un minerai d’archives à décrypter.

Ne jamais reproduire, maîtriser le travail du fer, dont Prométhée qui donna le feu aux mortels était le protecteur, afin de créer en écoute du monde et des manifestations de la vie, constituent l’une des clés des œuvres de Raphaël Mognetti.

L’atelier de Raphaël Mognetti traversé, on débouche sur un large couloir, que prolonge un second plus étroit, sur la droite, un second atelier, celui de sa sœur Phanuelle, un univers complètement différent. Le regard porte sur des plâtres anciens d’études anatomiques, de dessins ou de techniques de la peinture murale, et de la fresque. Passionnée par le savoir-faire des anciens comme des modernes, elle possède le travail de peinture et de dessin en trois dimensions. Elle restaure des oeuvres patrimoniales, réalise la décoration d’intérieur ou de décor de théâtre et d’opéra, en plus de la construction. À plusieurs reprises, elle a collaboré avec les scénographes de spectacles présentés au Festival d’Avignon. C’est elle qui a coréalisé les fameux tombeaux du Paperlapape de Christoph Marthaler. Créatrice, elle l’est également, de ses propres œuvres ou des masques pour le théâtre.

Phanuelle et Raphaël aiment à conjuguer leurs savoirs. Phanuelle peut faire des moules et tirer des cires afin de réaliser des sculptures en bronze créées par son frère. Raphaël travailler le fer pour la structure des études ou des créations en plâtre de sa soeur. Complices, ils concoctent une vitrine éphémère pour Noël, au 27 rue d’Annanelle à Avignon.

www.raphaelmognetti.com
www.phanuellemognetti.com

Micheline B. Servin

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