Amélie Joos

Il se peut que vous n’ayez jamais entendu parler d’Amélie Joos. Discrète, l’artiste allemande, qui n’a pas perdu son joli accent mais qui s’exprime en un français parfait, vit à Avignon depuis quatorze ans. Malheureusement pour nous, elle est plutôt connue à l’étranger.

Après quatre ans passés aux beaux-arts en Allemagne, elle a reçu une bourse pour poursuivre ses études à l’étranger. Puisqu’elle avait envie d’une petite ville ensoleillée du Sud de la France, elle arrêta son choix sur l’école d’art d’Avignon. Elle entama ensuite des études d’histoire de l’art à Aix-en- Provence afin d’assouvir son besoin de théorie, sa quête de savoir et approfondir davantage son intérêt pour l’art ancien. Connaissances et pratiques en poche, artiste à part entière, c’est pourtant à Avignon qu’elle posera ses valises après sa maîtrise. Le soleil, la beauté de la ville, l’amabilité de ses habitants et la rencontre de son conjoint y sont probablement pour quelque chose…

Une artiste discrète, certes, mais pas pour autant effacée.

Son talent de plasticienne lui a permis d’être choisie pour représenter Avignon dans le cadre du rassemblement d’artistes des neuf villes désignées Villes Culturelles Européennes de l’an 2000. Lors de sa résidence artistique à Bergen, en Norvège, elle participa à une exposition collective ayant pour thème le déplacement où elle sculpta dans la cire des objets ludiques portant sur le voyage. Entre autres, elle présenta une petite valise qui laisse deviner son contenu : une maison ! Amélie Joos est très attachée à l’idée que l’on aimerait amener son chez-soi dans nos bagages, lors de nos déplacements. La maison, le foyer, l’itinéraire de la vie sont des thèmes chers à l’artiste et omniprésents dans l’ensemble de ses oeuvres.

Elle travaille beaucoup la cire, matériau qu’elle affectionne pour sa fragilité, son côté éphémère, sa capacité de se transformer d’un fluide à une pâte modulable avant de se durcir. Elle est toujours à la recherche de cet effet de mouvement, tel un passage ou un être qui change au cours de son existence.

Tantôt la sculpture, tantôt la peinture, le dessin ou des techniques manuelles d’impression, elle ne s’impose pas de limites quant à la méthode utilisée pour concevoir ses réalisations.

Une particularité d’Amélie Joos, c’est qu’elle est effrayée par les toiles blanches et les feuilles de papier neuves qui manquent, selon elle, de vécu. Une visite à son atelier aide à comprendre l’essence de son travail. Les matières, les éléments qui intéressent l’artiste sont des vieux bouts de papier ramassés à droite et à gauche et éparpillés un peu partout, un bout de fusain oublié depuis des lustres sous un tabouret, de la poussière et des « saletés » pour maltraiter les peintures… Ici, la blancheur n’est pas synonyme de perfection et de pureté; bien au contraire. Ce qui pourrait horrifier le névrosé de la propreté et du tout-rangé est en fait le trésor bien gardé de l’artiste.

Une date précise

On ne sait pas ce qui est arrivé à Amélie Joos le 3 octobre 2008, à part le fait qu’il y a eu urgence pour elle de créer. Elle a eu besoin d’un travail très intime afin de matérialiser des émotions, des moments arrêtés de sa vie. Telle une thérapie, la série intitulée « Petite science fiction du quotidien » est constituée de centaines de petites oeuvres racontant le point de vue d’un spectateur sur sa propre vie. Ça parle beaucoup de relations hommes-femmes, de malheur, de sexe, d’angoisse mais également de bonheur et des petites simplicités qui épicent le quotidien. Dans cette série, le processus créateur est déclenché souvent par un élément tel une tache sur un bout de papier, un morceau de tapisserie ou autre. Le choix des formes, des textures et des imperfections dans les matières, cette notion sur l’usure et le passé du matériau et le changement qu’elle y apporte sont toujours très symboliques du passage de vie, du personnage, des détails qui seront représentés. Dans une des oeuvres portant sur le mal-être, l’artiste a notamment travaillé sur une compresse, un symbole fort pour représenter la souffrance et la douleur de ce moment précis. D’autres rendus sont plus rigolos : l’artiste a tenu à dessiner au fusain une toilette découverte à Paris qu’elle avait trouvée jolie tant elle était pittoresque et délabrée. La force de l’artiste est incontestablement d’extérioriser l’intensité des banalités du quotidien; c’est souvent dans des choses anodines qu’elle puise son inspiration. Amélie Joos crée la fragilité et l’intensité de ses oeuvres grâce à la difficile maîtrise de faire quelque chose de simple; à l’inverse de l’art surchargé, ici tout est question d’harmonie et de sensation d’apesanteur. Lorsqu’elle arrive, comme par magie, à ressortir ses pensées en images, elle se dit se sentir légère comme une plume. Par contre, si elle n’y parvient pas, c’est une véritable catastrophe et elle affirme le vivre très mal. Bien que l’artiste doute souvent de son travail, le fait qu’il est impossible de ne pas se sentir interpellé par ses « petites sciences fiction » prouve qu’elle est très touchante.

Que dire de plus à part :

« C’est pour quand une exposition d’Amélie Joos à Avignon ? »

Quoique autobiographique, « Petite science fiction du quotidien » peut être interprétée de bien des manières. Certains s’amusent à y découvrir une histoire, comme dans une bande dessinée, tandis que d’autres sont attirés vers une oeuvre très précise, comme si elle avait été tirée de leur vécu.

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