Xavier Spatafora

Son nom vous dit peut-être quelque chose… Bien qu’il n’expose son travail que depuis peu, Xavier Spatafora est présent dans le monde artistique avignonnais depuis plus de 10 ans. Rencontre avec un artiste atypique.

Son parcours. Né à Nouméa le 26 juillet 1973, Xavier Spatafora s’envole pour la métropole en 1975. Après une enfance passée à bricoler, à dessiner et à modeler, il intègre l’École d’Art d’Avignon en 1993. Bien plus qu’une école, ce grand laboratoire, lieu magique, lui apprendra les possibilités quasi infinies de la création.


Artiste pluridisciplinaire. Spatafora ne s’impose pas de limites quant à l’expression de ses idées. Dès sa sortie d’école, il décide d’explorer ses pensées en tant que chanteur et auteur au sein du groupe “Loutky”. Durant six ans, il profite de ses concerts pour expérimenter ses passions artistiques. Sa production diversifiée et sa résistance à une catégorisation créative, fait de lui un artiste surprenant. D’ailleurs, il s’éloigne des outils traditionnels : exit les beaux pinceaux, il préfère utiliser des objets de tous les jours et des supports dénichés dans la nature… urbaine ! Des matériaux patinés par les années qui ont un lien direct avec le thème central de son art, celui du temps.

“Je me considère comme un sculpteur du temps. Pas physiquement, mais sur un plan philosophique, à travers l’écriture, la peinture, le dessin, la vidéo…”

Réchauffement artistique au stylo Bic. À une époque surnumérique, où l’image la plus courante fait trois centimètres par trois et se retrouve en haute définition sur un écran de téléphone portable, il est intéressant et rafraîchissant de découvrir un visuel qui s’impose par sa taille, qui est de l’ordre de l’illustration et qui est réalisé par l’outil premier de l’homme, une main. C’est sur d’immenses couches empilées d’affiches publicitaires, successions d’événements et marquage matériel du temps, que l’artiste travaille. En s’approchant de plus près, on peut y découvrir une multitude de détails qui rappellent l’infini. “C’est quelque chose de très grand dans lequel il se passe énormément de choses.” À l’aide d’un outil riche de symboles, un stylo Bic Crystal, il intègre à sa toile urbaine un dessin figuratif, hyper réaliste. Peu coûteux et idéal pour travailler le clair obscur, le stylo-bille le plus vendu dans le monde rappelle l’objet commun, le jetable. On dirait que l’artiste essaie de conjurer l’extinction d’espèces menacées en faisant apparaître les animaux en voie de disparition sous ses traits de stylos. Comme des ombres, les formes fantomatiques témoignent de la fragilité de l’écosystème et de la fatalité des animaux face à nos actions. Belle image que de voir s’abriter discrètement les victimes de la déforestation à même la cause principale de ce fléau : le papier destiné à une société de consommation. Impossible de ne pas s’émouvoir devant la vérité de ces œuvres poétiques qui prennent tout leur sens lorsqu’on les contemple vraiment.

Des dessins sur des murs d’affiches à des peintures abstraites colorées sur du métal rouillé, en passant par l’écriture, la musique ou la vidéo, l’univers éclectique de Spatafora sollicite des thèmes liés à la nature, au temps qui passe et à l’empreinte de l’Homme sur la Terre. On sent, à travers son travail, un souhait de rupture avec le rythme incessant du monde, avec l’abondance d’information et la multiplication des images. Spatafora. Il faut retenir ce nom.

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